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Les mégalithes du Morbihan dans l'ombre de la croix gammée
fouilles et destructions pendant l'occupation allemande

Conférence donnée le 30 avril par Reena Pertschke, 
Docteur en Préhistoire de l'Université de Munich. 


Le sujet, passionnant, a été peu décrit jusque là, mais Reena Pertschke a pu avoir accès à des archives inédites dans le cadre de la préparation de son doctorat en 2013.Les archives fédérales allemandes ont pu récupérer beaucoup de dossiers grâce aux Etats-Unis. Une nouvelle génération de chercheurs a pu avoir également accès aux archives de la Humbolt Universität de Berlin . 

La période de la seconde guerre mondiale a valu à nos mégalithes de Bretagne sud deux conséquences distinctes.
D'abord, le mégalithisme armoricain fut l'objet d'un intérêt tout particulier des archéologues allemands, tant pour des raisons scientifiques (dès 1937!) que pour des motifs politiques ou idéologiques moins avouables.
Ensuite, leur situation « privilégiée », à proximité de lieux possibles de débarquement, leur aura coûté des destructions totales ou partielles, du fait de l'édification des bunkers du Mur de l'Atlantique d'abord, puis des bombardements. Les exemples sont nombreux, du Petit Mont, à Arzon, jusqu' à la région lorientaise.

Avant la guerre: l'attitude des archéologues allemands vis à vis du mégalithisme 
en Bretagne: motivation scientifique et motivation idéologique. 
Au cours des années 30, l'intérêt scientifique de la communauté universitaire allemande se concrétise par le voyage en Bretagne en juillet 1937 d'une délégation de 37 personnes sous la direction du Dr Werner Hülle: visite au Musée de Carnac où Zacharie le Rouzic, alors âgé de 73 ans (il mourra en 1939) leur présente ses cinquante ans de recherche, puis visite de Chateau-Gaillard,avec rencontre de quelques membres de la Société Polymathique.
Dès lors, le Dr Hülle manifeste son désir d'entreprendre à son tour des fouilles sur les sites mégalithiques locaux, sans toutefois envisager de collaboration avec les archéologues français. Ses motivations ne sont pas que scientifiques: l'idée est de prouver la « parenté » entre les monuments mégalithiques bretons et leurs homologues de l'Europe du Nord et centrale, et donc que les monuments « bretons » ont été érigés par des migrants venus du nord-est, cette thèse accréditant la légitimité d'une occupation de l'ouest européen par les troupes du IIIè Rreich....

Pendant la Guerre, les travaux continuent.... 
Dès la capitulation de 1940, et l'occupation qui en suivit, plusieurs instituts d'archéologie allemands se mirent sur les rangs pour entreprendre des recherches sur les mégalithes armoricains. C'est Hans Reinerth, archéologue et membre du parti national socialiste, qui coordonna les travaux, Werner Hülle étant plus particulièrement « chargé » de Carnac. A l'automne 40, il entreprend « avec l'aide de prisonniers français » de prendre des mesures sur les grands alignements, ainsi que sur 18 tombes qui furent photographiées ou dessinées; une petite fouille fut engagée à Kerlescan; des personnalités se déplacèrent à Carnac; après quoi W.Hülle rentra à Berlin et écrivit « les Pierres de Carnac » puis il fut muté sur le flanc de l'Est, et c'est Friedrich Walburg qui prit le relais à KERLESCAN en 1941-42. La fouille, rigoureusement menée, apporta toutes les informations recherchées,et grâce à la vigilance de Maurice Jacq, conservateur, tous les objets découverts restèrent au musée de Carnac « à l'exception de trois pièces ». Un autre projet s'élabora alors; il consistait à établir un inventaire précis des gravures relevées dans les tombes mégalithiques toujours avec l'idée d'établir le lien avec « des symboles indo-germaniques ». Mais l'évolution de la guerre vint interrompre ces projets nouveaux: le débarquement allié de Dieppe, à l'été 42, rendit nécessaire d'entreprendre la fortification des côtes françaises: l'Organisation Todt se lança dans l'édification des bunkers du mur de l'Atlantique. Près de 800 000 m3 de béton y furent investis et les conséquences pour les monuments mégalithiques en furent désastreuses.....

Les mégalithes victimes de la guerre 
Ils le furent de plusieurs façons, en réalité, comme vont le prouver les quelques exemples qui suivent.
Le cairn du Petit Mont à Arzon :


Marqué à jamais par les sombres événements de la seconde guerre mondiale, le Petit Mont est à n'en pas douter le représentant le plus spectaculaire des dégâts occasionnés à nos monuments. La situation privilégiée du cairn du Petit Mont-vue imprenable à 360°, sur mer comme sur terre, valut au site d'être repéré et choisi dès l'été 1943. Un bunker ainsi que des constructions secondaires( casemates,abris...) furent érigés sur le cairn, détruisant ou endommageant les trois dolmens à couloirs de ce si important monument. C'est après que les dégâts irréparables eurent été constatés qu'une circulaire précisa, mais un peu tard, que la construction des bunkers devait respecter les monuments méglithiques !...Pour mémoire, le Petit Mont a été restauré dans les années 90,par Joël Le Cornec, qui a choisi de reconstruire autour du bunker de toute façon indestructible sans nouveaux et importants dégâts !

Locmariaquer: Les Pierres Plates, Kerpenhir. 


C'est par le témoignage de Pierre Godec que nous savons que sur le secteur, les besoins en pierres concassées pour la fabrication du béton étaient tels que bon nombre de destructions y passèrent... y compris la statue dite de Notre Dame de Kerdro. Le dolmen des Pierres Plates faillit y passer à son tour et ne dut son salut qu'à la blessure de l'officier allemand et à son hospitalisation!
A Carnac : La même chance épargna, sur Carnac le Tumulus St Michel, sauvé, semble-t il, grâce à l'intervention de Maurice Jacq. D'autres monuments de la région n'eurent pas cette chance, tels les dolmens de Mané Rumor, en Plouharnel, 

A Erdeven-Kérilio: le dolmen dit Er Gadouéric,


fouillé dès la fin du XIXè s. et inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques en 1936, bien que très abîmé bien avant le début des hostilités, a totalement disparu aujourd'hui, sans doute englouti dans la construction d'un bunker et de tranchées encore visibles.....

Ailleurs....
Alors que d'importants monuments ont été détruits ou gravement endommagés ailleurs en Bretagne, et notamment dans le Finistère, on signalera le curieux cas de ce menhir du Fortdu Talud, à Ploemeur, « nazifié » par les soldats allemands logés là, et qui y gravèrent une croix gammée, puis « nettoyé » -au burin- de toutes traces après la Libération !

En conclusion : Tout n'a sans doute pas été dit sur cette période si noire de l'histoire; Le pire fut sans doute évité, grâce, localement, à Maurice Jacq et aux gens de la Polymathique. Les archives allemandes n'ont pas livré tous leurs secrets; une nouvelle génération d'archéologues, allemands mais aussi français, cherche à lever les derniers voiles sur les années noires de l'archéologie nationale-socialiste.
Important : Le compte-rendu que vous venez de lire a été rédigé par nos soins et n'a pas fait l'objet d'une correction de la part de la conférencière; il n'engage donc pas sa responsabilité. De même,les photos jointes ont été réalisées par nos adhérents (JF Brishoual, et Y.Langlais) D'autre part nos lecteurs désireux d'informations plus approfondies sur le sujet peuvent se reporter vers un bulletin de la Société Polymathique du Morbihan ,publié à l'occasion d'une précédente conférence de Reena Pertschke; cet ouvrage, disponible à la bibliothèque du Musée, peut éventuellement être mis à la disposition des adhérents.