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Nouveaux acquis de la recherche archéologique sur le mégalithisme sénégambien: l'exemple de la nécropole de Wanar

Conférence donnée le 10 septembre par Luc Laporte, 
chargé de recherche au CNRS.UMR 6566, Université de rennes 1 
Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire ( creaah )


Les monuments mégalithiques du Sénégal et de Gambie sont contemporains des grands « empires » africains qui correspondent au Moyen Âge en Europe. Ces structures funéraires ont en commun le caractère suivant : une ligne de pierres, plus ou moins longue, appelée frontale, se dresse à l'est du cercle de pierres qui peut parfois être double. C'est souvent dans cette frontale que se trouvent une ou plusieurs pierres-lyre taillées en forme de diapason ou de « V ».

Nulle source écrite ne les mentionne. Les traditions orales restent assez évasives. Aucune des communautés actuelles ne revendique cet héritage culturel. Ils intriguent.

Seuls les travaux archéologiques nous renseignent sur une période de 100 ans. Todd et Wolback en 1911, le docteur Jouenne en 1918 qui réalise les premiers inventaires. Dans les années 60, Pierre Ozanne fait des relevés plus précis lors de sa mission sur le fleuve Gambie. D'après l'inventaire de 1974, réactualisé, de Victor Martin et de Charles Becker, 17 OOO monuments sont répertoriés sur 2000 sites répartis sur un territoire de 30 000 km2 correspondant à une zone située au centre et à l'ouest du Sénégal se prolongeant jusqu'en Gambie.

La nécropole de Wanar
La nécropole de Wanar, située sur la rive droite du fleuve Gambie au Sénégal, est l'un des quatre sites mégalithiques classés au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO en 2OO6. Deux mois par an depuis une dizaine d'années, une mission archéologique de coopération entre la France et le Sénégal contribue à enrichir la connaissance du mégalithisme sénégambien. L'attention des chercheurs a été attirée par la diversité des pratiques architecturales et funéraires.

Séquence architectural


Les formes mégalithiques se déclinent en monolithes courts et trapus aussi bien que fins et allongés pouvant atteindre 2m de hauteur ; en pierres aux configurations spectaculaires comme les « pierres-lyre » ou en « V », en pierres avec tenon ou cupule ; en tumuli, dénommés plus précisément « fosses sépulcrales à comblement tumulaire » ; en cercles de pierres dressés, mais plutôt « plate-formes mégalithiques ».
L'ossature des cercles est complétée par des murettes en pierres ou en terre et en bois dur.
Une « pierre-lyre », Wanar XVIII, présente des gravures. Le même genre de pierre est visible actuellement devant le musée Théodore Monot d'art africain à Dakar. Une autre pierre de ce type se trouve au musée du quai Branly à Paris.

La carrière à ciel ouvert est située à 300 m du site. Les blocs de latérite rouge ont été extraits avec des outils en fer et taillés soigneusement en colonnes de section circulaire ou polygonale. On observe en négatif des « pierres-lyre » ou en « V », des monolithes courts et trapus, et une « pierre-lyre » en phase d'extraction. Le plan d'extraction est rigoureux.

L'état de ruine des monuments et l'absence de description par les voyageurs est compensée par les exemples que nous pouvons observer actuellement au Cameroun et en Mauritanie qui nous donnent quelques idées sur le mégalithisme de Sénégambie. Il y a une cohérence jusqu'au Sahara. Cette tradition ne vient pas de nulle part.

Pour se représenter la complexité de la construction  d'un monument, voici une proposition de séquence type :
- creusement de la fosse dans le sol au fond de laquelle un corps ou deux sont déposés,
- remblais en plusieurs étapes, d'autres corps en plus ou moins grand nombre peuvent être déposés dans les niveaux supérieurs,
–   construction du monument mégalithique en surface autour de l'ensemble,
–   construction des murettes entre les pierres dressées,
–   un fer de lance est planté devant l'entrée,
–   dépôt d'une grande jarre,
–   la première pierre dressée sur la sépulture est basculée au final.

Les pratiques funéraires

Le mobilier lié à ces sépultures est surtout constitué de pointes de lances en fer recourbées, d'anneaux en fer ou en alliage cuivreux. La présence de quelques bijoux, perles en cornaline et en or provenant probablement d'Inde, témoignent d'une certaine hiérarchisation sociale. Le corpus des dépôts successifs de céramique est riche. Des poteries sont perforées. Ces ensembles céramiques sont plus liés à une fonction commémorative que purement rituelle.

Les dépôts funéraires sont successifs. La question d'un mort principal, personnage important, et de morts d'accompagnement considérés comme sacrifiés, soutenue par Alain Gallay dans les années 1980, reste en suspens.

Conclusion
La récente étude de la nécropole apporte un éclairage nouveau sur ce type de mégalithisme particulier lié aux pratiques funéraires des populations protohistoriques d'Afrique de l'Ouest. Elle enrichit aussi notre questionnement concernant d'autres mégalithismes en d'autres temps et d'autres lieux comme celui de l'Ouest Atlantique: en terme de structure, des similitudes existent comme en Catalogne par exemple. Certes il ne faut pas tout transposer.

Ce travail est le fruit d'une équipe : des scientifiques aux compétences complémentaires appartenant à des organismes internationaux, les ouvriers, les techniciens, la communauté villageoise de Wanar.

Nous espérons une mise en valeur du patrimoine avec la poursuite de la signalétique, l'entretien du site et la construction d'un bâtiment pour l'accueil.

Pour plus d'informations :

Sur le net :
– Le site de la mission archéologique à Wanar : wanar-excarvations.jimbo.com Ce site est particulièrement bien documenté et propose une riche bibliographie.
–   Le site de l'Unesco :
 http://whc.unesco.org/en/list/1226
http://www.unesco.org/archives/multimedia/?s=films_details&pg=33&id=927

Ouvrage :
« Les traditions mégalithiques de Sénégambie » de Augustin Holl et Hamadi Bocoum aux éditions Errance, 2014.